1. Partir de la question, pas du catalogue de formes
Chaque forme graphique répond à une famille de questions. Comparer des catégories appelle des barres, suivre une évolution appelle une ligne, montrer une distribution appelle un histogramme ou une boîte à moustaches, examiner une relation appelle un nuage de points. Choisir la forme avant d’avoir formulé la question conduit à des graphiques décoratifs qui n’apportent rien.
La formulation utile tient en une phrase : « quelle part des dossiers dépasse le délai réglementaire, par province, sur les trois derniers exercices ? » Cette phrase contient l’unité, la maille, la période et la comparaison. Elle désigne presque toujours une forme évidente, et elle devient le titre du graphique une fois raccourcie.
2. Axes, échelles et point zéro
Pour un graphique en barres, l’axe des valeurs commence à zéro : la longueur de la barre encode la quantité, la tronquer exagère les écarts. Pour une ligne, un axe tronqué est acceptable si la troncature est visible et annoncée, car la lecture porte sur la pente et non sur la surface. Cette distinction évite les débats stériles sur la « manipulation » des axes.
L’échelle logarithmique a sa place lorsque les ordres de grandeur diffèrent fortement ou lorsque le sujet est un taux de croissance. Elle exige alors une mention explicite et des graduations lisibles, car une majorité de lecteurs l’interprétera spontanément comme une échelle linéaire. En cas de doute, deux graphiques valent mieux qu’une échelle mal comprise.
3. Couleur, contraste et lisibilité
La couleur transporte une information ou ne sert à rien. Une palette séquentielle convient à une grandeur ordonnée, une palette divergente à un écart autour d’une valeur de référence, une palette qualitative à des catégories sans ordre. Utiliser une palette divergente pour des catégories suggère une opposition qui n’existe pas dans les données.
L’accessibilité impose deux contraintes concrètes : un contraste suffisant entre le texte et le fond, et une distinction qui ne repose pas uniquement sur la teinte. Une différence de valeur, un motif, une étiquette directe ou un ordre explicite permettent la lecture par une personne daltonienne comme par un lecteur qui imprime en niveaux de gris.
4. Cartes : choroplèthe, symboles et effets de maille
Une carte choroplèthe colore des territoires selon une valeur relative. Elle exige donc une normalisation : colorer un effectif brut revient à cartographier la population. Les symboles proportionnels conviennent mieux aux volumes absolus, car la surface du symbole encode la quantité sans dépendre de la superficie du territoire.
L’effet de maille reste le piège majeur. Le même phénomène cartographié par commune, par arrondissement ou par province produit des images différentes, parfois contradictoires. Le choix des classes de valeurs agit dans le même sens : seuils égaux, quantiles ou ruptures naturelles ne désignent pas les mêmes territoires comme extrêmes. La méthode de classification doit être écrite dans la légende.
| Question | Forme adaptée | Risque principal | Garde-fou |
|---|---|---|---|
| Comparer des catégories | Barres horizontales triées | Axe tronqué exagérant l’écart | Départ à zéro, valeurs affichées |
| Suivre une évolution | Ligne avec repères d’événements | Rupture de série invisible | Annotation de la rupture |
| Montrer une répartition | Histogramme ou bandes empilées | Impression de continuité | Classes explicites et effectif total |
| Situer sur un territoire | Choroplèthe normalisée | Effet de maille et de classes | Méthode de classification en légende |
| Explorer une relation | Nuage de points | Causalité suggérée | Titre descriptif, pas explicatif |
| Comparer des parts | Barres cumulées à 100 % | Perte des effectifs bruts | Effectifs indiqués par catégorie |
5. Représenter ce que l’on ne sait pas
L’incertitude fait partie de la donnée. Une bande d’intervalle autour d’une ligne, des barres d’erreur, un intervalle textuel en note ou une classe « non disponible » clairement distincte du zéro remplissent cette fonction. Représenter une estimation provisoire avec le même trait qu’une valeur définitive induit en erreur, même si les deux chiffres sont exacts.
Les valeurs manquantes ne se comblent pas graphiquement. Une ligne interrompue, un motif hachuré ou une zone grise indiquent l’absence de mesure. Sur une carte, il faut une couleur réservée aux territoires sans donnée, différente de la couleur la plus basse de la palette, faute de quoi l’absence devient un minimum apparent.
6. Titre, annotation et hiérarchie visuelle
Le titre d’un graphique publié énonce le constat, pas la variable. « Part des dossiers traités au-delà du délai, par province » informe ; « Statistiques des dossiers » n’informe pas. Le sous-titre porte l’unité, la période et la source. Les annotations désignent les points qui portent le récit et évitent au lecteur de chercher lui-même ce qu’il doit remarquer.
La hiérarchie visuelle se règle en retirant plutôt qu’en ajoutant. Grilles discrètes, absence d’effets de volume, étiquettes directes plutôt que légende éloignée, palette limitée à ce qui distingue réellement les séries. Un graphique surchargé n’est pas plus riche : il transfère au lecteur un travail de tri que la rédaction n’a pas fait.
7. Accessibilité des figures publiées
Une figure doit rester compréhensible sans la voir. Cela suppose un texte alternatif décrivant la structure et le constat principal, un tableau de données accessible à proximité, et un contraste suffisant pour les personnes malvoyantes. Le texte alternatif ne répète pas le titre : il explique ce que la forme montre.
Les formats interactifs ajoutent des exigences : navigation au clavier, absence d’information disponible uniquement au survol, respect des préférences de réduction du mouvement. Lorsque ces exigences ne peuvent pas être satisfaites, une figure statique accompagnée d’un tableau reste préférable à un graphique animé inaccessible.
8. Contrôle final avant publication
Le dernier contrôle se fait à froid, sur la version qui sera publiée, à la taille réelle d’affichage. On vérifie que les chiffres du graphique correspondent au tableau source, que la somme des parts est cohérente, que les libellés ne sont pas tronqués sur un écran étroit, et que la lecture rapide du titre seul ne produit pas une conclusion plus forte que la donnée.
Un test simple consiste à montrer la figure sans commentaire à une personne extérieure au dossier et à lui demander ce qu’elle en retient. Si sa réponse diffère du constat documenté, le problème est graphique, pas humain. La liste ci-dessous rassemble les points vérifiés avant chaque mise en ligne.
Vérification d’une figure
- La question à laquelle répond la figure est formulée en une phrase.
- L’axe des valeurs part de zéro pour toute représentation par surface.
- La palette correspond à la nature des données représentées.
- Les territoires ou périodes sans donnée sont visuellement distincts.
- La méthode de classification cartographique figure en légende.
- Le titre décrit un constat vérifiable, pas une interprétation.
- Un texte alternatif et un tableau de données accompagnent la figure.
- Les valeurs affichées ont été recomparées au fichier source.
Questions fréquentes
Un graphique circulaire est-il à proscrire ?
Non, mais son usage est étroit : deux ou trois parts d’un même total, sans comparaison entre périodes. Dès que les catégories se multiplient ou que l’évolution compte, des barres ordonnées se lisent plus vite et plus précisément.
Faut-il publier les données derrière chaque figure ?
C’est la pratique la plus solide lorsque la licence de la source l’autorise et qu’aucune donnée personnelle n’est concernée. Un tableau accessible sert à la fois la vérification, l’accessibilité et la réutilisation par d’autres rédactions.
Comment traiter une rupture de série dans un graphique ?
En interrompant visuellement la ligne et en annotant la date et la nature de la rupture. Relier deux périodes non comparables par un trait continu revient à affirmer une évolution que la donnée ne documente pas.